Relire et relier sa vie (Edito de REFLET Juin 2010)

Ce numéro que vous lirez en juin, nous le préparons dans le temps de Pâques : un temps qui nous invite à la relecture, comme les pèlerins d'Emmaüs, dont la rencontre avec Jésus ressuscité est souvent commentée dans nos équipes, et dont nous vous proposons ici une présentation quelque peu "déroutante". Mais n'avons-nous pas été nous-mêmes bouleversés par ce qui nous est arrivé ?
Relire notre vie : à commencer par celle que nous avons connue en couple, non par nostalgie ni par refus d'affronter la réalité et de dépasser notre douleur, mais pour en découvrir toute la richesse, tout ce sur quoi nous allons pouvoir nous appuyer pour continuer seul(e). Mais aussi cette vie brisée, en miettes, sans répit ni relief, dont nous essayons de nous accommoder depuis "son" décès : champ de ruines où brillent pourtant des lueurs d'espérance, et où des points d'ancrage (personnes, lieux, activités) balisent un chemin possible, avec des détours parfois inattendus.
Les évènements que nous relisons sont ceux qui ont laissé en nous une trace ; nous décelons entre eux des échos, des correspondances ; ils prennent sens pour nous, ils s'ordonnent, s'éclairent les uns les autres, pour constituer la trame de notre histoire. Un regard attentif nous fait mieux apprécier les gestes d'amitié, les paroles d'encouragement, les signes que l'absent(e) nous accompagne encore – autant de grâces reçues au cœur de notre épreuve, autant de lumières sur notre route.
Quelle surprise encore de nous voir assumer des responsabilités et mener à bien des projets dont nous ne nous serions jamais cru capables par nos seules forces ! Nous nous découvrons des talents insoupçonnés, des ressources étonnantes, un nouveau goût pour la vie dont nous connaissons mieux la valeur. A la lumière de la foi, enfin, nous pouvons reconnaître Dieu à l'œuvre dans notre existence, mystérieusement présent à tout ce qui nous touche, nous blesse, ou nous fait aller de l'avant.
Ainsi se relit peu à peu pour chacun de nous un temps d'épreuve et de reconstruction dont nous sortirons autre, renouvelé, apaisé, unifié. Ainsi se dessinent les contours de notre avenir. Ainsi des liens nouveaux tissent-ils, au fil des rencontres, tout un réseau de solidarités où nous pourrons à notre tour redonner un peu du soutien que nous avons reçu. Ainsi se transmet depuis soixante-dix ans bientôt le flambeau de notre espérance : une confiance dans la vie que nous voulons affermir et faire rayonner au cours des deux ans qui nous séparent de notre rassemblement à Lourdes en 2012.
Pour l'heure, place au repos de l'été ; nous souhaitons qu'au-delà du rappel, parfois si douloureux, de vos moments heureux, il vous procure la joie de belles découvertes en vous-mêmes et au-dehors.
Michèle TAUPIN