Notre veuvage les intéresse (Edito de REFLET Septembre 2010)

Qui, parmi nous veufs et veuves, n’a pas éprouvé un jour le sentiment d’être de trop, d’être ignoré de ceux qui vivent joyeusement à distance de la mort d’un conjoint, d’être incompris? Un sentiment ou une réalité ? Les deux, sans doute !
Car il est vrai que notre entourage, et la société dans son ensemble, nous renvoient parfois une image négative de nous-mêmes. Ou pour le moins, ils souhaiteraient ne garder qu’une part de ce qui constitue notre destin : notre volonté de nous reconstruire, notre capacité de rire encore, nos projets à venir… Mais pour le reste, il faudrait ne rien laisser paraître : nos moments plus sombres, les perpétuels souvenirs qu’on se raconte, nos angoisses et nos blessures persistantes.
Ce regard des autres est parfois l’idée même que nous nous faisons de nous. Comment pourrions-nous alors le leur reprocher? Nous avons pourtant notre place dans la famille, une paroisse, ou un groupe amical. Nous avons sûrement quelque chose à apporter de par notre expérience. Notre veuvage les intéresse plus que nous n’en avons conscience et plus qu’ils ne le pensent eux-mêmes.
N’avons-nous pas une compétence à participer à telle équipe-funérailles? Et, sans tomber dans l’amertume, notre blessure conjugale et notre solitude ne peuvent-elles pas interpeller et mettre en garde les couples qui ne prennent pas soin d’eux, qui oublient de rendre grâce à Dieu pour leur bonheur, ou qui cèdent à la facilité d’un divorce, sans en mesurer les conséquences? Deux exemples parmi d’autres.
Nous avons à découvrir, par un regard intérieur, en quoi le veuvage nous a changés,… au risque de ne pas nous reconnaître, mais grâce à quoi nous avons une expérience à partager.
Nous avons à connaître, dans la prière et la relecture de nos existences, ce regard d’un Dieu qui a confiance en nous malgré nos fragilités, et qui compte sur nous pour témoigner contre la mort et pour la vie.
Ainsi que le disait Marie-Thérèse, chacun est comme cette bougie qui brille devant Dieu : trop conscient d’être la mèche noire…. et pas assez sûr d’être aussi cette flamme qui apporte un peu de vérité dans ce monde, pour le bien de notre prochain, veuf ou non.
Que ce « Reflet » de Septembre nous aide à cerner l’image que nous avons de nous … à éclaircir le regard que portent sur nous les autres… et à ne pas oublier l’attention de Dieu pour chacun.
Oui, à travers l’obscurité d’un deuil, tu fais de nous des enfants de lumière…


Père Pascal Begin