. « Lorsque les temps furent accomplis… »

Début d’un Evangile qui peut paraître surprenant, sinon ennuyeux pour certains. Pourquoi cette longue énumération ? Que nous apprend-elle ?

Elle nous révèle la réalité humaine de l’Incarnation au cœur de l’humanité, au cœur de l’histoire d’un peuple. Dieu ne fait pas semblant, il n’a pas peur de s’insérer dans notre histoire humaine, avec ses richesses et ses pauvretés, avec ses vertus et son péché. « Tout cela arriva afin que se réalise ce que le Seigneur avait dit par le prophète : ‘La vierge sera enceinte et mettra au monde un fils, qu’on appellera Emmanuel’. Ce nom signifie ‘Dieu est avec nous’. » (Mat.1/22-23)

Si, dans cet « arbre généalogique », on relève quelques noms, on trouve des justes qui ont cherché la volonté de Dieu, mais aussi des criminels, des pécheurs qui se sont détournés de la Loi du Seigneur.

L’un des ancêtres les plus connus est le roi David, « le saint Roi David ». Mais « David fut père de Salomon – sa mère avait été la femme d’Urie. » (Mat. 1/6) Cela s’appelle un adultère doublé d’un assassinat… même si c’est un assassinat politique. « Ce que David avait fait déplut au Seigneur… ‘Je t’ai consacré roi d’Israël…N’est-ce pas assez ? Je pourrais encore en faire bien plus pour toi. Alors pourquoi m’as-tu méprisé en faisant ce qui me déplaît ? » (2 Samuel 12/1, 7,9) David se repentira, demandera pardon au Seigneur. Nous trouvons les accents de son repentir en particulier dans les Psaumes dont une partie lui est attribuée : « Lave-moi complètement de mes torts et purifie-moi de ma faute. » (Psaume 51/4)

« Manassé fit ce qui déplaît au Seigneur, imitant toutes les pratiques abominables des nations…Dans les deux cours du temple aussi, il dressa des autels en l’honneur des astres… » (2 Chroniques 33/2,6)

Le péché apparaît comme une faute morale, certes, mais ici, comme le mépris du Seigneur, l’ingratitude de l’homme qui a tout reçu du Seigneur. Le pécheur tourne le dos au Seigneur. Dans cette liste, nous trouvons le péché en abondance : prostitution, tromperies, idolâtries, les pécheurs et leurs « abominations aux yeux du Seigneur » abondent dans la « généalogie » de Jésus.

Mais on trouve également des hommes et des femmes vertueux « qui ont fait ce qui plaît au Seigneur. » A commencer par l’ancêtre Abraham, l’homme juste, le croyant par excellence : « Abraham eut confiance en Dieu, et Dieu le considéra comme juste en tenant compte de sa foi. » (Romains 4/3) « il n’a pas oublié de manifester sa bonté envers Abraham et ses descendants, pour toujours, comme il l’avait promis à ses ancêtres. » Luc 1/55) Dans cette lignée, nous trouvons Josaphat : « Il se conduisit d’une manière droite … » (2 Chroniques 20/32), Ezéchias qui rétablit le culte… et bien d’autres « justes. »

« Jacob fut le père de Joseph, l’époux de Marie ; c’est d’elle qu’est né Jésus, appelé le Messie. » (Mat.1/16) Cette longue nomenclature des ancêtres de Jésus, conduit au long des siècles à la naissance de Jésus, « le Sauveur que le monde attend… » La prière eucharistique N°4 me semble résumer cette longue attente : « Tu as multiplié les alliances avec eux, et tu les as formés, par les prophètes, dans l’espérance du salut. Tu as tellement aimé le monde, Père très saint, que tu nous as envoyé ton propre Fils, lorsque les temps furent accomplis pour qu’il soit notre Sauveur. »

Un Sauveur, non pas parachuté, mais qui naît au cœur de l’humanité, « tige de Jessé, le père de David. » Conséquences pour nous : Jésus, le Messie, Fils de Dieu et Fils de Marie, partage nos peines et nos joies. Il n’est pas insensible à nos vies d’hommes et de femmes, puisqu’il les partage : « Il a vécu notre condition d’homme en toute chose, excepté le péché, annonçant aux pauvres la bonne nouvelle du salut ; aux captifs, la délivrance ; aux affligés, la joie. » (PE N°4)

A travers nos souffrances, nos deuils, nos solitudes, Il est là, auprès de nous, avec nous, « Emmanuel » et il chemine à nos côtés. Dieu n’est pas le Dieu lointain dans son ciel, mais bien Celui qui partage nos vies dans leur quotidien, dans nos joies et nos peines. Mieux encore, il partage notre mort et, traversant la mort, il nous conduit, à sa suite, avec Lui, auprès du Père, par sa Résurrection : « Quand l’heure fut venue où tu allais le glorifier, comme il avait aimé les siens qui étaient dans le monde, il les aima jusqu’au bout. » (PE. N°4)

Non seulement, il nous console dans les difficultés que nous traversons, mais il nous apporte l’assurance, la certitude que, « par Lui, avec Lui et en Lui… », nous cheminons vers le Père, vers la glorification, la « transfiguration » de nos vies unies à la sienne. On ne peut séparer l’Incarnation, Noël, de la Passion, du matin de Pâques et de la rencontre pour l’éternité vécue dans la contemplation du Dieu Trinité, du Dieu Amour. « Nous proclamons ta mort, Seigneur Jésus, nous célébrons ta résurrection, nous attendons ta venue dans la gloire. » (Anamnèse)

(1) Les traductions de la Bible sont celles de « La Bible expliquée »

P. Gilles Hybert - Aumônier diocésain - Diocèse de Luçon (85)